Revue musicale de Suisse romande (Septembre 2008)
MUSIQUE À LA COUR DES LUSIGNAN
C'est à un merveilleux voyage dans le temps que nous invite l'ensemble La Morra, formé de personnalités issues de la Schola Cantorum de Bâle : datant de 1430 environ, le manuscrit franco-chypriote de Turin, que nous présentions dans notre édition de mars (« Les musiques de la Cour de Savoie », RMSR mars 2008, p. 107-111) et dont quatre pièces sont contenues dans le disque y attenant constitue en effet la plus imposante source de musique de cour de la fin du Moyen Âge. Malgré cette position éminente, cette musique reste aujourd'hui encore très mal connue. La présente anthologie propose 13 pièces, le plus souvent à trois voix, exécutées soit par une soprano accompagnée d'un ensemble instrumental, soit de manière purement instrumentale. Selon les indications de Machault, qui dans son ouvrage La prise d'Alexandrie décrit les instruments pratiqués à la cour du roi de Chypre Pierre de Lusignan, La Morra utilise ici flûte à bec, vièle à archet, luth (notamment pour les parties de contre-ténor), et plus occasionnellement douçaine. Les sujets amoureux et courtois prédominent, et l'écriture oscille entre la suavité mélodique des ballades, l'âpreté éxpressive de certaines dissonances (fausses relations), et parfois la complication extrême de l'ornementation, de la construction canonique ou des proportions rythmiques, dans la plus pure veine de l'ars subtilior. L'atmosphère sonore restituée par La Morra, par son raffinement et sa fluidité, est un écrin digne de ces joyaux.
C. Arlettaz.