www.resmusica.com (28 avril
2008)
DES INFLUENCES MULTICOLORES
Après un splendide premier disque consacré
au compositeur auquel ils doivent leur nom (Georg Muffat), les Muffatti (ensemble
baroque belge) nous reviennent avec un autre compositeur dont le nom vous parle
peut-être peu, mais qui pourrait bien vous surprendre par sa délicatesse aux
influences multicolores. Ce disque est un rayon de soleil où tout absolument
tout respire le bonheur, y compris la mélancolie.
Johann Christoph Pez qui vécut le temps du règne personnel de Louis XIV est
né à Munich où il reçut une formation de luthiste et de violiste. C’est au cours
d’un voyage d’étude à Rome qu’il va s’imprégner des couleurs italiennes. Il
finira ses jours comme Maître de Chapelle à Stuggart. De de son vivant, il connût
une réelle notoriété puisque Telemann le considère comme faisant partie des
six compositeurs allemands dont l’influence permet à la musique des cours germaniques
de rayonner en Europe. Ses compositions furent très influencées par le style
de Corelli et il suffit d’écouter le Sonate de concert en fa majeur (R.
15) pour le remarquer, en particulier dans son écriture. On remarquera toutefois
dans cette sonate un passage d’un style et d’une virtuosité surprenants où
le basson et le violon concertent en mêlant légèreté et puissance, délicatesse
et force. Mais les plus surprenantes de toutes ces œuvres sont celles qui doivent
leur influence à Lully. Difficile lorsqu’on les entend de ne pas se laisser
piéger, tant le style en est si proche, et cette influence peut sembler d’autant
plus que Pez ne mit jamais les pieds en France et ne rencontra donc jamais Lully.
L’interprétation brillante des Muffatti nous permet de découvrir ce qui fait
que Pez n’est pas un compositeur de second plan. Tous les instrumentistes de
cet ensemble offrent des couleurs rayonnantes, un sens du phrasé vertigineux
à l’interprétation de ces œuvres. Les cordes (violons, violoncelles, violes
de gambe…) osent tout, aériennes et précises, elles nous entraînent dans la
chaconne du Concerto grosso (R. 18) aux confins de la souplesse et de
la légèreté dans des combinaisons d’une beauté apollinienne, digne des fastes
de Versailles.
Les Muffatti nous offre ici une version somptueuse d’œuvres rares qui n’attendaient
que des interprètes dignes d’elles pour renaître, Phénix baroque qui pourtant
annonce déjà le siècle des Lumières.
Monique Parmentier