www.resmusica.com (18 septembre
2007)
L'ORGUE DE BYRD
William Byrd est le grand Maître
du clavier en Angleterre, sous le règne dElisabeth I. Poète
des sons de cette école nommée « les virginalistes »,
mélodiste inégalé, capable décrire une musique
émouvante et simplement humaine, en opposition par exemple avec un John
Bull, terriblement digital et virtuose. Byrd est un compositeur chez qui la
finesse est maîtresse, tout au long de luvre, tant vocale
quinstrumentale. Divers recueils renferment ses uvres pour clavier,
destinées indifféremment au clavecin, virginal, régale,
clavicorde ou à lorgue. Ce dernier garde une grande importance,
Byrd ayant été titulaire à la Cathédrale de Lincoln,
et certaines pièces semblant avoir une destination particulière
pour le service divin : ainsi les hymnes « Clarifica me Pater »,
ou « Misere ». Cependant, dautres pièces à caractère
plus profane se jouaient aussi sur des orgues de cabinet dans les salons de
châteaux.
Cest dire le large choix qui sest offert ici à linterprète
pour le présent programme. La révolution de Cromwell au XVIIe
siècle ayant malheureusement anéanti les orgues en Angleterre,
plus aucun spécimen de lépoque na subsisté
jusquà nous, et les recherches doivent se tourner aujourdhui
vers la Bretagne, ou les Flandres, où certains facteurs dorgue
sétaient réfugiés et avaient construit quelques instruments
(Famille Dallam en particulier).
Le célèbre collègue de Byrd, John Bull, ayant fui lAngleterre,
ce sont les Flandres aussi qui laccueillirent. Aussi, retrouver ici cette
musique sur lun des plus vieux témoins existant aux Pays-Bas est
judicieux à tous points de vue.
Lorgue historique dOosthuizen remontant à 1521, cest
lun des plus anciens dEurope, et il bien connu du monde de lorgue
; divers enregistrements en attestent, dont le premier réalisé
dans les années 60 par Floor Peeters. Plus récemment, cet orgue
a bénéficié dune restauration magnifique exaltant
ses sonorités uniques, sur fond de tempérament mésotonique
: seulement sept jeux et un petit clavier de 38 notes, mais quel bonheur, que
de possibilités offertes pour le discours de Monsieur Byrd !
Léon Berben est grandiose : son jeu est dune clarté rare,
sombre quand il le faut, joyeux lorsque apparaît un air connu comme «
la monica », exalté dans ses rythmes quand la danse prend le pas
sur la vieille polyphonie. Le programme est varié, choisi au gré
de ses préférences, cest remarquable !
A la suite du CD de Davitt Moroney enregistré sur le Ahrend de Toulouse,
tiré de son coffret intégral paru chez Hypérion en 1999
et déjà salué comme une référence, le présent
enregistrement complète harmonieusement cette approche fascinante de
Byrd à lorgue, où la parenté dun autre grand,
Jan Pieterszoon Sweelinck, nest pas si loin, grâce aux sonorités
caractéristiques de lorgue des Flandres, quune prise de son
parfaite nous livre dans ses moindres détails.
Frédéric Muñoz