www.resmusica.com (11 mars 2007)
Le compositeur hambourgeois Johann Mattheson
(1681-1764) fait partie de ces maîtres anciens dont le nom dit quelque
chose aux amateurs dhistoire de la musique ou bien aux musiciens professionnels
qui lont parfois joué, mais dont luvre est finalement
inconnue du grand public, la plupart du temps faute denregistrements.
Ce personnage passionnant sest pourtant illustré dans au moins
quatre domaines : le théâtre avec la composition dopéras,
léglise avec lécriture de bon nombre duvres
religieuses, la diplomatie avec la réalisation de missions en Angleterre
et la musicographie avec la rédaction de plusieurs ouvrages théoriques
ou encyclopédiques qui ont fortement compté à lépoque.
Le domaine de la musique de chambre la essentiellement vu se consacrer
à des pièces pour clavecin puisquil lenseigna
même si son opus 1, 12 sonates à deux et trois flûtes
(à bec) sans basse, possède dindéniables qualités.
Publiées à Londres en 1714, ses Pièces de clavecin en deux
volumes sont fortement teintées de musique française. La page
de titre est rédigée dans la langue de Molière et nous
indique que luvre contient des Ouvertures, Préludes, Fugues,
Allemandes, Courentes (sic), Sarabandes, Giques (sic) et Aires (sic). Ce ne
sont pourtant pas les seuls mouvements que nous trouvons puisque nous entendons
notamment ici un Menuet et un Loure. Le style de Mattheson semble être
à mi-chemin entre celui de Jean-Sébastien Bach, très contrapuntique
donc assez chargé, et celui de Georg Friedrich Haendel, souvent beaucoup
plus simple et, comme tout bon germanique, il tente dappliquer à
sa façon le concept très à la mode à lépoque
de la « Réunion des Goûts ». De temps à autre,
il nhésite pas à proposer des variations très jolies
sur une danse ou bien un air.
Cristiano Holtz, claveciniste brésilien vivant au Portugal, interprète
très élégamment et de manière très convaincante
cette musique tout aussi intéressante que méconnue. Il a opéré
une sélection parmi les suites et les pièces qui les constituent,
ne retenant que ce lui convenait le mieux et force est de constater que son
choix a été judicieux. La prise de son est agréable, le
clavecin sonne bien et la pochette est bien dessinée. Cet album apporte
donc beaucoup à la discographie de ce compositeur qui en avait bien besoin.
Frédéric Platzer