www.ramifications.be (7 juillet 2005)
Le violon virtuose du Lyonnais Jean-Marie
Leclair saisit, lors de la première moitié du XVIIIe
siècle, pour ses audaces inattendues, ses brisures soudaines et sa sensibilité
préromantique très perceptible dans les mouvements lents. Son
quatrième recueil de sonates pour violon seul et basse continue est sans
doute le plus caractéristique de cette évolution musicale, dont
la complexité harmonique et les prouesses techniques ne cessent d'étonner
pour leur époque.
Le violoniste brésilien Luis Otavio Santos (élève de Sigiswald
Kuijken au Conservatoire de La Haye, membre de La Petite Bande, et soliste invité
par les plus prestigieux ensembles) ose les vibrations rauques et les déchirures
subites sans perdre de la légèreté gracieuse et lumineuse
de l'art virtuose italien que Leclair fut l'un des premiers à combiner
à la tradition française. Le clavecin d'Alessandro Santoro (brésilien
lui aussi, également familier de La Petite Bande) et la viole de gambe
de Ricardo Rodriguez Miranda (vénézuélien élève
de Wieland Kuijken) esquissent un climat d'étrange émotion, toile
de fond frémissante, résonante et chatoyante sur laquelle se détache
avec sublime le violon seul.
On succombe à l'andante poignant de la Sonate V, et l'on s'envole
avec bonheur dans la frénésie joyeuse de l'allegro assai
qui suit, profondément touchés par l'adagio et le ma
non troppo qui leur succèdent. Un album surprenant, à l'architecture
limpide qui chavire imperceptiblement, d'une délicate intensité.
Isabelle Françaix