www.ramifications.be (30 juin 2005)
Le premier opus du label Ramée nous
convie à la vie musicale du XVIIe
siècle italien, dans laquelle les femmes s'épanouissent plus librement,
pour autant qu'elles appartiennent aux hautes sphères de la société.
Nobles, riches bourgeoises, dans les salons ou les couvents, elles chantent,
jouent d'un instrument et composent. Vittoria et Rafaella Aleotti, filles de
l'architecte du duc de Ferrare, maîtrisent le contrepoint avec aisance
et agilité, la première entrée au cloître, la seconde
mère supérieure d'un couvent dont elle dirigeait l'enseignement
musical, toutes deux si créatives que l'on se demande aujourd'hui si
elles n'étaient pas qu'une seule et même personne... Caterina Assandra,
dont on sait peu de choses, composa essentiellement motets et vêpres.
Quant à Isabella Leonarda, mère supérieure à Novarre,
elle touche par ses textes latins très émouvants, explorant avec
âme et ferveur tous les genres sacrés. Francesca Caccini s'épanouit
à la cour de Florence et fut la première femme à écrire
un opéra! Barbara Strozzi, fille du poète, librettiste et intellectuel
de Venise, suivit un enseignement de haute volée auprès de Cavalli;
sa musique, parfaitement aboutie, témoigne de son excellente maîtrise
tandis que ces textes révèlent sa liberté d'esprit et son
indépendance. À une époque où la poésie amoureuse
conquiert le madrigal, Strozzi n'est pas en reste!
L'ensemble féminin (et non féministe : elles se sont retrouvées
toutes femmes sans avoir évité les hommes!), La Villanella
Basel exprime idéalement l'atmosphère délicatement
virtuose des uvres des compositrices précitées. L'instrumentation
finement ciselée, chatoyante et lumineuse, porte avec bonheur la voix
pleine et légère de la soprano Heike Pichler-Trosits.
Isabelle Françaix