www.ramifications.be (24 août 2005)
L'ensemble bruxellois Les Muffatti consacre
depuis 1996, et comme son nom l'indique, une place prépondérante
à l'uvre de Georg Muffat dont le souvenir est souvent occulté
par les resplendissantes figures de son époque : Lully, Corelli, Biber,
qu'il fréquenta d'ailleurs et dont il mélangea consciemment les
enseignements. Ce Savoyard qui vécut en Alsace passa six ans à
Paris où l'on suppose qu'il observa très certainement l'évolution
du ballet de cour de Lully, comme sa Petite bande, ensemble à cordes
férocement discipliné aux ornementations sophistiquées.
Muffat ne se targua-t-il pas, en 1698, d'avoir introduit le ballet lulliste
en Allemagne et en Autriche? Mais ses multiples voyages en Bavière, à
Vienne et à Prague lui permirent également de rencontrer Schmelzer
et Kerll qui mêlaient volontiers la tradition de leur pays aux influences
françaises et italiennes. Biber, qu'il vit à Salzbourg et Corelli
qu'il rencontra souvent à Rome, marquèrent puissamment son Armonico
Tributo, Corelli lui ayant même prodigué quelques conseils pour
ses sonates. Cependant, la personnalité de Muffat réside dans
la synthèse de ces différents styles et traditions : s'il n'invente
rien, il rassemble ses émotions musicales éclectiques en un langage
souple et harmonieux qui invite à la danse gracieuse toujours raffinée.
Les Muffatti, sous la direction méticuleuse de Peter Van Heygen, en révèlent
les nuances chatoyantes, l'élégance légère, dont
la solennité reste chaleureuse et sans pompe superflue. On y perçoit
de savants plaisirs ponctués de troublantes méditations, touchantes
et pudiques. Les contrastes émeuvent et leurs virevoltes soulignent la
discrétion et la retenue d'élans furtifs qui gagnent alors en
force.
Isabelle Françaix