www.ramifications.be (15 novembre 2005)

Qu'est-ce qu'un pantaléon ? Vous le trouverez difficilement dans le dictionnaire, et pourtant cet instrument dont plus aucun n'est disponible de nos jours (et nulle image le représentant n'étant assez fiable) fit la gloire de son inventeur, le violoniste Pantaleon Hebenstreit (1667-1750) qui, par jeu, élargit l'ambitus (étendue de la note la plus grave à la plus aiguë) du cymbalum populaire et en devint l'un des plus remarquables virtuoses ! Les cordes métalliques du pantaléon suscitent un son puissant, pénétrant et limpide qui annonce sans doute le succès du pianoforte. L'instrument qui s'en rapproche le plus aujourd'hui est certainement le psaltérion ténor salzbourgeois que la très vive et tonique musicienne Margit Übellacker fait sonner avec une rayonnante finesse. Le Vénitien Antonio Caldara composa pour le « salterio » des œuvres vives et claires qui auraient pu être destinées au violon et qui, sous le timbre franc du psaltérion, éclatent avec une tranchante netteté. La gravité du violoncelle d'Emilia Gliozzi et la voix légère, pleine et rayonnante de l'alto Jürgen Banholzer, en soulignent les nuances et la vive étrangeté. Les airs d'opéras ou les cantates étaient destinés à l'époque aux plus brillants castrats, tels que l'incontournable Farinelli ou le non moins célèbre Orsini. Antonio Caldara célèbre l'ardeur scintillante des sentiments, explore les suaves tourments de l'amour, en évoque les brûlures avec passion... sans exagération virtuose même s'il exige de ses interprètes une totale apesanteur, gracieuse et raffinée. De la dentelle... comme l'illustre élégamment la couverture de ce bel album.

Isabelle Françaix