Le Monde de la Musique (Mars 2008)
4 ÉTOILES
Dans le n°328 du Monde de la musique,
on pouvait lire, dans une chronique discographique de l'uvre 2
de Dard joué par une violoncelliste, que ces six sonates, initialement
destinées à un basson soliste, attendaient qu'un bassoniste veuille
bien s'y pencher. En réalité c'était chose faite : le présent
disque était déjà enregistré.
Grâce à une fine recherche musicologique et à une interprétation
très avisée, Antoine Dard prend enfin ses vraies couleurs et sa
richesse d'inspiration. Il apparaît que, comme Boccherini au violoncelle,
Dard se jeta dans la virtuosité parce qu'il cherchait à produire
des couleurs inouïes, surtout pour le suraigu. Faites de vélocité
(pour l'anche et les doigts), de sauts vertigineux entre les registres extrêmes
et d'un cantabile digne d'un instrument à cordes, la virtuosité
insensée n'a qu'un but : découvrir de capiteuses carnations sonores
qu'un sens aigu du discours et une netteté des desseins formels mettent
en valeur.
Virtuose précis et élégiaque, Ricardo Rapoport rend à
Dard sa véritable dimension, au-delà d'un futile art galant et
dans le sillon grave et théâtral d'un Balbastre. Pascal Dubreuil
se tient à la hauteur des ambitions de son partenaire.
Frank Langlois