Le Monde de la Musique n° 296 (Mars 2005)

4 ÉTOILES       4 étoiles, Le Monde de la Musique

Jacob Praetorius appartient à la troisième génération d'une dynastie de musiciens luthériens originaire d'Allemagne septentrionale, précisément de Hambourg. Tout comme son alter ego hambourgeois Scheidemann, il avait étudié avec Sweelinck à Amsterdam, perfectionnant ce que son maître lui avait transmis : le (déjà vieux) contrepoint, notamment lorsqu'il repose sur un choral; la virtuosité digitale et scripturale; les colorations et les idiomatismes de cet orgue dont la facture était alors en pleine révolution; enfin la variation, promise à un inépuisable devenir. A Hambourg et au regard de l'expressivité, Scheidemann fut plutôt l'homme clair et Jacob Praetorius le sombre, le complexe. Tous deux allaient influer sur le cours de la musique d'orgue jusqu'à la fin de leur siècle.
Décidément, Praetorius est un grand maître : son énergétique écriture se déploie en expansion permanente. Ainsi conquiert-il la durée (Vater unser im Himmelreich dure dix-huit minutes!), crée-t-il l'espace interne de la composition par la rigueur d'écriture et colonise-t-il l'espace externe par la projection du son. Il propose une loi impérieuse et neuve qui est non seulement cause de clair dessein mais aussi source inépuisable et exaltante d'imagination. A la tribune des orgues Scherer de la Stephenkirche de Tangermünde (à une centaine de kilomètres à l'ouest de Berlin), Léon Berben trouve la virtuose volubilité, la rigueur structurelle et les colorations qui conviennent. En outre, il rend pleinement justice aux œuvres où Praetorius montre qu'il a le souffle particulièrement long.

Frank Langlois