Le Monde de la Musique n° 296 (Mars 2005)

DES CD HAUTE COUTURE

Pas de meilleure parade aux ravages du téléchargement qu'un « beau » disque, un objet précieux, une future pièce de collection. Des labels comme Alpha ou ECM l'ont bien compris. Le label Ramée, dévolu à la musique baroque et dont les trois premiers volumes sont distribués ce mois-ci par Codaex France, a adopté cette philosophie, et de manière radicale.
Selon l'homme-orchestre — à la fois éditeur, producteur et directeur artistique — de cette collection, qui n'est autre que le violoniste allemand Rainer Arndt, connu pour avoir fait partie de La Petite Bande, du Ricercar Consort ou de Musica Fiata, ces pièces d'artisanat culturel sont conçues pour ajouter au plaisir musical « des délices graphiques, littéraires et... tactiles », bref pour être des « objets poétiques ».

Et comme Rainer Arndt a aussi été ingénieur du son pour des labels aussi sérieux que Raumklang et Mirare, il ajoute à tout cela une qualité technique d'autant plus appréciable que les enregistrements le méritent. Un album de sonates « à violon seul avec la basse continue » de Jean-Marie Leclair, orné d'une magnifique chaussure d'époque et joué par les Brésiliens Luis Otavio Santos et Alssandro Santoro ainsi que par le Vénézuélien Ricardo Rodriguez Miranda, celui de pièces d'orgue de Jacob Praetorius, par Léon Berben (orgue) et Britta Schwarz (mezzo-soprano), où l'on voit un buffet d'orgue aux allures de gratte-ciel, le recueil d'œuvres de femmes compositrices O dulcis amor par La Villanella de Bâle augurent superbement de la suite.

François Lafon