Le Monde de la Musique n° 321 (Juin 2007)

4 ÉTOILES       4 étoiles, Le Monde de la Musique

La musique de Pascal de l'Estocart plonge ses racines dans les guerres de religion et partage l'ambivalence propre à ce temps : liée à la Réforme et aux chants spirituels en français elle déploie dans des motets latins un contrepoint fleuri comportant certaines des plus belles inventions de l'auteur. C'est l'intérêt de cet enregistrement de présenter les deux facettes du compositeur, auxquelles la richesse de timbre de Ludus Modalis et la vie interne de toutes les parties du chant confèrent une présence remarquable.
La pâte sonore de Ludus Modalis, mi-chœur, mi-ensemble vocal, est saisissante dès la première pièce, avec les jeux savoureux de fausses relations ou de rencontres harmoniques inattendues entre la basse et les autres parties. L'aisance des phrasés, le naturel des respirations permettent de percevoir avec clarté les phrases musicales, jusque dans les passages les plus serrés (comme les Psaumes ou le vaste Suzanne un jour), alors que les tutti homophones sont sans raideur et respirent eux aussi (dans le très réussi Hélas mon Dieu).
L'ensemble varie sa composition pour offrir une plus large palette encore : c'est notamment le cas des pièces de pénitence comme le magnifique Peccantem me quotidie, dont la couleur des dessus masculins se fond davantage dans le tutti que l'éclat parfois trop clair des voix employées ailleurs.

Marc Desmet