Le Monde de la Musique n° 308 (Avril 2006)
CHOC

L'univers musical des frères Hassler est fascinant : il mêle l'héritage franco-flamand de Lassus aux leçons d'Andrea Gabrieli et assume une instrumentalité affranchie de la vocalité. Dans ces ricercar, tiento, fancy, toccata, fantaisie et autres canzon, l'invention s'effectue à partir du matériau et du vieux contrepoint. Écrites dans des formes différentes, les six pièces de Jacob Hassler mettent en uvre des temps musicaux différents, de la brève semi-improvisation jusqu'à la vaste Fantasia noni toni qui semble avoir quelque parenté avec les uvres de luth de De Rippe. Mais le chef-d'uvre de ce disque vient de Hans Leo, avec ses variations sur Ich gieng einmal spatieren qui durent presque trois quart d'heure : au-delà de sa virtuosité formelle (tous les genres d'écriture y sont honorés) et de sa domination de la technique de clavier, le compositeur y dévoile un souffle hors norme. Bach et Beethoven ont là un devancier! Touchant un instrument de grand seigneur, Léon Berben a lui aussi le souffle infini, l'imagination débordante et la maîtrise digitale.
Frank Langlois