Goldberg n° 39 (Avril 2006)

5 ÉTOILES      

L'un des essais les plus délicieux, les plus intelligents de diplomatie musicale qu'on puisse connaître est sans doute l'Armonico Tributo de Georg Muffat, dans lequel les styles italien, français et austro-germanique voyagent aimablement dans une succession de sonates de musique de chambre de style concerto grosso « pour quelques instruments ou plus ». La multiplicité des accents est parfaitement rendue dans ce nouvel enregistrement des Muffatti, qui élucide les oppositions binaires propres à l'argument de Muffat (lent/rapide, léger/dense, solo/tutti, da chiesa/da camera, liberté/discipline) avec une élégance et une plasticité rares.
Écoutez le dramatique chiaroscuro de l'Allegro de la Sonate en sol mineur; la légèreté et la vitalité rythmique de la Gavotta dans la Sonate en la majeur; le jeu superbe dans l'Adagio à plusieurs sections en mi mineur; ou la palette variée de ce bel et nostalgique hommage à Lully, la Passagaglia de la dernière sonate. Pour Les Muffatti, dix instrumentistes à cordes et une basse continue pour contrebasse avec un clavecin, un orgue, une guitare et un théorbe jouent sous la direction de Peter Van Heyghen. Cet ensemble s'avère être de taille parfaite pour interpréter les textures du concerto grosso avec clarté et économie — sans sacrifier les possibilités expressives de l'œuvre.
L'enregistrement du son est impeccable et riche de détails; je ne me plaindrai que du clavecin, légèrement en retrait. Dans la plaquette, Van Heyghen a écrit un brillant essai, un modèle en soi de construction rhétorique, où il plaide pour la mise au Panthéon de Muffat aux côtés des grands noms qui ont contribué au développement du concerto grosso, comme Corelli, Biber et (indirectement) Lully. Ce merveilleux enregistrement contribuera sûrement à faire entendre cette cause.

William Yeoman