L'Echo (18-20 octobre 2008)
Pas de fausse pudeur : c'est magnifique, et c'est un projet belge. Avec ce troisième CD, les Muffatti, ensemble baroque fondé par une poignée de jeunes Bruxellois, confirment leur irrésistible ascension. Les voilà qui exhument « San Nicola di Bari », un oratorio pour quatre voix et concertino écrit par Giovanni Bononcini en 1693. Très acclamé à l'époque, avant d'être gommé par les siècles, celui qui fut le contemporain de Scarlatti et Händel méritait cette brillante réhabilitation. Typique du baroque italien, cet oratorio dépasse certains de ses rivaux qui allez savoir pourquoi , ont eu plus de chance avec la postérité. L'affront du temps est réparé, et avec brio ! Le chef des Muffatti, le flûtiste Peter Van Heyghen, a eu l'excellente idée de s'en aller quérir quelques très belles voix de la péninsule. Lavinia Bertotti, Elena Cecchi Fedi (sopranos), Gabriella Martellacci (alto) et Furio Zanasi (basse) n'apportent pas seulement l'indispensable théâtralité latine et colorée à cet « opéra sacré ». Ils lui donnent aussi toute sa justesse de ton. L'orchestre embraie, épaule, répond, interpelle, porté par le violoncelle de Marian Minnen, admirable continuo. Le dialogue entre le texte et la musique, d'une précision diabolique, s'impose avec une évidence envoûtante et coule dans le marbre une musique qu'il fallait graver une fois pour toutes.
Stéphane Renard