Diapason n° 554 (Septembre 2008)

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Quelques années après la parution des six Partitas, le recteur de Saint-Thomas de Leipzig, Gesner, publiait une édition de l'Institution oratoire de Quintilien dans laquelle Bach est cité comme modèle du musicien-orateur. Or, bien que solidement avérée, la proximité du compositeur avec la culture rhétorique classique n'est souvent qu'une formule sans conséquence réelle sur le jeu des instrumentistes, situation que le nouvel enregistrement de Pascal Dubreuil vient corriger. Orateur informé, il abandonne avant tout les ficelles de l'histrion, son double négatif : à des tempos modérés, il délaisse ornements crépitants et autres gadgets. Sa version des Partitas tient du style élevé.
Ce choix permet avant tout de rendre cohérent un cycle étrange, par la constance du ton que lui impose l'interprète. L'extraordinaire concentration des pièces y prend un relief nouveau. La dialectique que Bach instaure en permanence entre forme et contenu, si éloigné parfois des danses de la Suite, ou encore entre prévisibilité et rupture retrouve tout son sens. S'il fait confiance à l'Inventio du maître, Pascal Dubreuil n'oublie pas pour autant qu'elle nécessite d'être mise en œuvre pour produire son effet. Grâce à une technique aussi solide qu'expressive (la variété du toucher est inépuisable dans la Toccata en mi), il fait de son disque un acte oratoire engagé.
Un conseil pour profiter pleinement de cette dimension primordiale de son jeu : écoutez les Suites entières ! On est alors tenu, du prélude à la gigue, aux volontés du rhéteur. Tour à tour surpris, violenté et apaisé, l'auditeur se retrouve suspendu aux sonorités splendides d'une copie de Ruckers par Titus Crijnen, aux phrases successives d'un discours s'adressant, en bonne rhétorique, à ses affects autant qu'à son intellect ; suspendu également aux silences entre les plages que l'interprète calibre subtilement. Concluant son analyse, Gesner rapprochait Bach d'Orphée et Amphion ; d'une certaine manière, Pascal Dubreuil lui adjoint Cicéron en parvenant ainsi à nous instruire, nous plaire et nous émouvoir.

Xavier Bisaro