Diapason n° 550 (Septembre 2007)

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Saluons d'abord un éditeur qui n'hésite pas à parier sur des choix audacieux. Le sieur Dard est aujourd'hui un illustre inconnu : il fut bassoniste de l'orchestre de l'Académie royale, et chef de pupitre trois ans après son engagement. Les six sonates pour basson qu'il publie en 1759 présentent à peu près toutes les difficultés techniques abordables à l'instrument baroque, et exploitent le registre aigu avec plus de constance que les difficiles parties d'orchestre de Rameau. Le compositeur indique le moindre ornement en toutes notes, et une grande variété d'articulations. Ricardo Rapoport y voit à juste titre le témoignage d'un jeu particulier à son auteur. Le style verse plutôt dans un galant teinté d'italianismes, le tout élégamment soutenu par un type d'harmonies typiquement français.
Avec le seul clavecin pour tout accompagnement, les musiciens expriment avec beaucoup de transparence les caractères de chaque sonate. Pascal Dubreuil, trop rare au disque, utilise avec beaucoup d'art la palette des accords en usage. Aussi sensuel qu'efficacement dynamique, son continuo donne à cette musique parfois convenue une profondeur très appréciable. On louera sans réserve le jeu extrêmement coloré de Ricardo Rapoport, qui trouve un beau naturel dans ces mélodies parfois alambiquées, et sa réalisation ornementale éloquente et subtile.
Quelques bluettes émaillent cet album, Karine Sérafin sait leur donner tout l'esprit et le piquant souhaitable ; il ne manque plus qu'un mouton enrubanné pour nous transporter derechef dans ce monde idéalisé où l'amour tient un brillant empire. Un très joli disque qui bénéficie d'une prise de son superbement transparente, comme souvent chez cet éditeur.

Philippe Ramin