Diapason n° 563 (Novembre 2008)
4 DIAPASONS
Giovanni Bononcini fut un compositeur incroyablement
précoce. Né à Modène dans une famille de musiciens
professionnels, il est nommé maître de chapelle de San Giovanni
in Monte à Bologne, et fait représenter en 1690 son premier oratorio.
Il part ensuite pour Rome, avant d'être appelé à la cour
de Vienne en 1698. Compositeur d'opéra reconnu, il voyage à Berlin,
à Paris et à Londres où il devient, en 1720, le rival de
Haendel. Sept ans plus tard, il revient à Vienne, où il est comblé
d'honneurs jusqu'à la fin de ses jours.
Seul oratorio connu mettant en scène un épisode de la vie du saint,
ce San Nicola di Bari créé à Rome en 1693 inaugurait
une collaboration longue et fructueuse du compositeur avec le librettiste Silvio
Stampiglia (1664-1725). Comme la plupart des oratorios en langue vulgaire de
l'époque, il adopte l'alternance conventionnelle de récitatifs
secs et d'arie da capo, desquels émergent quelques joyaux
ainsi l'émouvant Un dolce affetto de Giovanna, où Bononcini
suscite un contraste d'une rare violence dans la partie centrale.
San Nicola di Bari se distingue par une écriture instrumentale
d'une luxuriance contrapuntique héritée de la tradition corellienne.
Ainsi, l'Ouverture et plusieurs accompagnements d'airs revêtent l'apparence
de véritables mouvements de concerto grosso, souvent emplis de fugues
savantes aux rencontres harmoniques délectables. L'orchestre étoffé
formé par l'ensemble bruxellois des Muffatti en propose une lecture ample
et sonore, mais entachée par quelques dérives des violons solos
en matière de justesse. En revanche, la réalisation de la basse
continue est d'une richesse et d'une vitalité perpétuellement
enthousiasmantes. Un apport non négligeable à la discographie
par trop étriquée de Bononcini.
Denis Morrier