Diapason n° 552 (Novembre 2007)
DIAPASON D'OR

A côté de ses contemporains Bull ou Tomkins,
William Byrd fait souvent figure d'apollinien. Or, si nos sensibilités
retiennent surtout la limitation de ce qualificatif (moins de fantaisie, moins
de virtuosité ...), il demeure le plus beau des compliments qu'aurait
pu adresser un sujet élisabéthain à ce compositeur. Il
est aussi le terme qui s'impose d'emblée pour évoquer le disque
de Léon Berben. Apollinienne, la perfection technique de cet organiste
jouant aussi habilement avec ses doigts (articulation variée et parfaite,
diminutions volubiles) qu'avec le vent dynamique de l'orgue et l'acoustique
longue de l'église d'Oosthuizen (la polyphonie est toujours aérée
en dépit de sa densité). Apollinienne également, cette
retenue de ton qui est, paradoxalement, la condition des plus fortes émotions.
Car en vertu de cette capacité à ne pas tout dire immédiatement,
les pièces les plus longues comme la Fantaisie sur l'hexacorde
bénéficient d'un souffle puissant, et les chocs que Byrd glisse
dans sa polyphonie (passages en mineur, cadences contournées, ...) deviennent
autant d'événements saisissants.
Par la conjonction de moyens techniques infinis et de ce sens de l'économie,
Léon Berben atteint une dimension plus rare qu'on ne le croit dans le
jeu organistique : la profondeur. Son éloquence incarne, en somme, les
valeurs classiques en vigueur à la fin de la Renaissance. La confrontation
de cet album au récital Gibbons-Tomkins d'Hadrien Jourdan (Diapason
d'or, cf. n° 530) est inévitable. Si l'orgue d'Oosthuizen fait
pencher la balance en faveur du nouveau venu (aucun tic d'harmonisation et une
réelle historicité), le mélomane se réjouira de
pouvoir profiter de deux interprètes et deux programmes indispensables
et complémentaires. Après un Dionysos au jeu fulgurant, voici
révélé son frère, antinomique mais inséparable.
Le Parnasse des organistes est décidément enthousiasmant.
Xavier Bisaro