Diapason n° 530 (Novembre 2005)
5 DIAPASONS

On considère traditionnellement l'Armonico Tributo,
publié par Muffat en 1682, comme un hommage à Corelli dont il
fut sinon l'élève, du moins un admirateur curieux. L'édition
de l'Opus 6 de Corelli étant postérieure (1714) au séjour
romain de Muffat, toutes les questions sont permises. Quoi qu'il en soit, les
cinq « sonates pour orchestre » de Muffat représentent
une synthèse extraordinaire du concerto grosso et de la suite française.
La gravure de l'ensemble 415 avait voici dix ans posé les jalons d'une
esthétique pertinente et novatrice : effectif monumental et phrasés
« taillés dans le marbre », tempos, ornementation
cernaient au plus près un style d'écriture riche et complexe.
À la tête d'une formation plus réduite, Peter Van Heyghen
coupe la poire en deux et mise d'avantage sur cette « manière
de tenir l'archelet » propre à « la vivacité
et douceur des airs de ballets à l'imitation de feu monsieur Baptiste
de Lully ».
Les Grave sont animés de tensions et de détentes habilement dosées,
la couleur instrumentale diversifie la matière harmonique, les effets
dramatiques sont saisissants. Les danses étonnent et brillent par l'utilisation
d'une ornementation subtile qui doit autant à Schmelzer qu'à Lully.
En tous cas, elle paraît ici naturelle dans sa variété dynamique
et expressive. La couleur du tutti est particulièrement réussie,
l'orgue, le théorbe et le violon créant des éclairages
spectaculaires sur un tissu de cordes toujours mobile. Le langage du genre est
parfaitement assimilé : l'immense Passacaille en sol l'illustre magistralement
et ne souffre d'aucun moment de faiblesse. Partenaire incontournable de cette
réussite la prise de son rend compte de la cohésion de l'ensemble
et fourmille de détails savoureux.
Philippe Ramin