Diapason n° 580 (Mai 2010)
5 DIAPASONS

Ce florilège comblera les amoureux de la flûte à bec et les passionnés de la polyphonie de la Renaissance. Le programme, admirablement conçu, évoque les divertissements de la cour des Tudor en mêlant des pièces en tout genre (danses, fantaisies contrapuntiques, transcriptions de chansons ou de motets) et d'origines variées (anglaises, franco-flamandes, italiennes). Elles sont défendues, colorées, nuancées, par un strict consort de flûtes, sans aucun instrument étranger ni aucune percussion parasite. Toute l'attention de l'auditeur est captivée par le magnifique travail de justesse, d'homogénéité et de variations de timbres suivant les diverses combinaisons instrumentales.
Mezzaluna (qui réunit quelques-uns des plus fameux flûtistes européens, dont notre compatriote Sébastien Marcq) est né de la collaboration d'instrumentistes et de musicologues avec le facteur anglais Adrian Brown, qui réalisa pour ce programme deux jeux de flûtes, accordés diversement en quintes successives : l'un est dominé par les grandes basses, et l'autre plus tourné vers l'aigu. La sonorité profonde et moelleuse, si particulière, des pièces graves (notamment Jouissance vous donneray de Willaert) est un enchantement. Les pièces aiguës exploitent d'autres nuances de lumière mais toujours douces, sans jamais la moindre stridence. Le dense et complexe Lauda Jerusalem a 6 de Lassus acquiert ainsi une transparence et une légèreté fascinantes.
Les six flûtistes déploient une virtuosité d'aurtant plus précieuse qu'elle n'est jamais démonstrative. Certes, on peut être ébloui par les diminutions réparties harmonieusement entre les voix de la polyphonie, d'une lisibilité et d'une précision enthousiasmantes (cf. les variations de la gaillarde La traditora). Mais c'est avant tout la profondeur et l'efficacité du travail sur la sonorité d'ensemble qui vaut le détour. Il faut saluer aussi le courage de l'éditeur qui a produit (et peaufiné) un disque aussi engagé, et quelque peu à contre-courant des modes actuelles.
Denis Morrier