Diapason n° 582 (Juillet-Août 2010)
5 DIAPASONS

Sur la page de titre de la deuxième partie de la Cavier-Übung figure peut-être la clef d'accès auConcerto italien et à l'Ouverture à la française qui la composent. Bach attribue en effet à ce diptyque l'ambition de ergötzen, verbe employé couramment pour traduire le delectare cicéronien. Pascal Dubreuil, nourri par la culture rhétoricienne qui gudait déjà sa version des Partitas chez le même éditeur (cf. n° 561), ne pouvait pas manquer l'allusion.
La conduite phrasée de la basse, la restitution différenciée du französischer Artchorégraphique et de l'italiaenischen Gusto concertant, ou tout simplement le soin porté à la finition comme à l'élégance de l'exécution forcent l'admiration. Mais c'est plutôt un certain art du discours qui rend la manière de Dubreuil si singulière. Comme dans ses Partitas, l'écoute continue devient aventure : choc des caractères (un monde sépare la Sarabande de la Bourrée), silences actifs entre les plages et progression ornementale des reprises soutiennent constamment l'attention. Mal maîtrisée, une telle volonté de tenir l'auditeur en haleine pourrait virer à l'accumulation de procédés ou aux effets faciles, mais Dubreuil l'assume avec tact. Stratège, il affûte les contrastes sans se départir d'un nible demi-sourire, fier et réservé à la fois.
Après le rare Prélude, fugue et allegro BWV 998, la Fantaisie chromatique et fugue illustre à nouveau la pertinence de son approche. L'énergie vigoureuse suggérée par l'écriture capricieuse de la fantaisie est bien là, mais canalisée de manière à donner tout son sens à l'épisode central lent, et dirigée vers la fugue, son point de fuite. Admirable.
Xavier Bisaro