Diapason n° 576 (Janvier 2010)
4 DIAPASONS
Dès le mitan du siècle des Lumières, gravitaient autour de la famille royale et de la noblesse espagnole, grandes consommatrices de musique, nombre d'immigrés italiens de talent. Entre autres Domenico Scarlatti, Farinelli puis naturellement Boccherini. Ce qui donna l'impulsion à une déferlante de créations musicales et suscita l'éclosion d'interprètes autochtones de haut niveau, dont le violoniste méconnu Juan de Ledesma. En partie détruite, hélas!, pendant la guerre d'Espagne, la musique de chambre dédiée à son instrument se réduit aujourd'hui aux cinq sonates réunies sur ce précieux enregistrement. Leur langage, du second âge galant, est proche de celui de l'Opus 5 de Boccherini. Ledesma a ce qu'il faut de facilité mélodique pour séduire et d'imagination dans le traitement des petites cellules arpégées pour étonner.
L'archet sans arrogance, précis et maîtrisé de Blai Justo ornemente avec goût. Si le finale aux rythmes de fandango de la Ré majeur succombe sans surprise aux tournures populaires, où les accords rageurs de la basse d'archet et la frénésie digitale de la guitare s'en donnent à cœur joie, l'Andantino de la Fa majeur, sorte de sicilienne triste traitée a due, avec le seul violoncelle pour compagnon d'infortune, lève pudiquement le voile, rien qu'un instant, sur le jardin secret de Ledesma. La sonate la plus équilibrée reste pourtant la La majeur, avec son savoureux Minue boccherinien, dont le thème et les variations offrent de son style un résumé attrayant.
Roger-Claude Travers