Diapason n° 565 (Janvier 2009)
DIAPASON DECOUVERTE
Ne nous étendons pas sur l'histoire, ni sur la musicologie
: la notice de cet album consacré à la musique de chambre dans
le Berlin de Frédéric II le Grand s'en charge parfaitement. Il
est plus intéressant de situer le programme idéalement composé
par Jane Achtman et Irene Klein, alias Musicke & Mirth, parmi un ensemble
de réussites récentes dans la musique allemande « tardive »
pour viole, du côté d'Abel (Suzanne Heinrich), de Schaffrath (Guido
Balestracci) ou de Carl Philipp Emanuel Bach (Friederike Heumann, Vittorio Ghielmi).
On retrouve dans ces enregistrements une même passion expressive pour
incarner ce répertoire, ainsi qu'une vraie conscience des nouveautés
et des élans de son écriture.
Ainsi les sonatines pour clavier de Benda sonnent-elles, sous les doigts de
Barbara Maria Willi, comme des feux d'artifice ou des drames miniatures, tandis
que les arrangements d'opéras français pour deux violes et violoncelle
(Rebeka Ruso) réalisés par Ludwig Christian Hesse remplissent
un théâtre, de l'Ouverture de Zaïde de Royer qui inaugure
le disque à la splendide Descente de Jupiter de Castor et Pollux,
et au célèbre Tambourin en rondeau des Fêtes d'Hébé
de Rameau (on imagine ce qu'il a fallu de talent pour rendre palpitant l'air
Ah ! Ma tante de Philidor...). Jane Achtman et Irene Klein sont
parfaitement touchantes dans le Scerzando anonyme pour deux violes, extraordinaires
dans le Duetto exigeant de Schaffrath comme dans le Trio concertante
de Graun, dont l'ouverture alternativement furieuse et chantée résume
ce répertoire, et les qualités déployées par ses
interprètes. On aura compris que ce disque place Musicke & Mirth
parmi les tous premiers duos de violistes ; il rappelle également
à notre bon souvenir leur superbe enregistrement de Music for two
lyra-viols (Raumklang, 2002). On découvrira enfin dans les solos
pour clavier un pianoforte de 1797 au timbre cristallin, délicatement
métallique (Franz Joseph Baumeister, Pressburg).
Harold Lopparelli