Diapason n° 554 (Janvier 2008)

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Une première écoute — hâtive et fragmentaire — ne m'avait qu'à moitié convaincu. Preuve qu'il faut donner du temps au temps quand les œuvres musicales du passé nous parlent des simples choses de la vie et de l'amour, comblé ou malheureux, dans l'intimité des cabinets d'époque. Ce répertoire transcrit pour ensemble de flûtes traversières Renaissance, en écho à l'engouement suscité par la chanson française et le développement de l'édition musicale qui en facilite alors la diffusion dans toute l'Europe, est revisité ici dans l'exact esprit « de chambre » requis ; la musique s'y faisant d'abord délassement du mélomane-instrumentiste, quitte à flirter avec le maniérisme, en se gardant d'y tomber jamais.
Au delà, c'est tout l'album de l'Attaignant Consort, guidé par l'excellente Kate Clark, qui gagne à cette convivialité comme une grâce nouvelle et, si j'ose dire, un regain d'âme. A l'exemple de Pastyme with good companye, si loyal d'humeur et d'accents et tournant à l'emblème du galant Henry VIII, loin des remous suscités par sa rupture avec Rome. Fine knacks for ladies (Dowlands) est léger et jubilatoire comme nulle version vocale ne l'a jamais été, et plus encore — prele des perles en ce jardin de miniatures — un Anchor che col partire de Cyprien De Rore transfiguré par l'alchimie de la diminution virtuose. On trouvera bien des appas à cette Madame d'Amours d'une rare homogénéité de son et de style et où il arrive que la harpe double de Marta Graziolino et le luth de Nigel North jouent les solistes avec une fine sensibilité.

Roger Tellart