Diapason n° 553 (Décembre 2007)
5 DIAPASONS

Monsieur Pez est totalement inconnu du paysage discographique,
et bien rares sont les musiciens contemporains qui ont dû jouer un jour
une pièce de ce compositeur. Cependant une anthologie de ses uvres
parue en 1928 exposait déjà en détail, dans sa préface,
la vie de cet allemand formé aux goûts français et italiens.
Successeur de Kusser comme maître de chapelle à Stuttgart, Pez
est tenu en haute estime par Telemann qui le range aux côtés des
plus éminents compositeurs du temps. Alors qu'un seul opéra nous
est parvenu, une importante quantité de musique de chambre est accessible
au musicien d'aujourd'hui.
Représentant des goûts réunis à l'instar de Muffat,
Pez aime accentuer l'un ou l'autre des idiomes nationaux suivant les pièces.
Le Concerto grosso en sol mineur montre des traits communs avec Telemann
lorsque celui-ci manie le style français. Pez y orchestre de façon
magistrale le rondeau pour clavecin de François Couperin Les Vendangeuses,
et propose une Chaconne d'un style lullyste de la plus belle eau. Le
Concert-Sonate en fa dans le style de Corelli n'a rien à envier
à Muffat sur le plan de la densité d'écriture et de l'inventivité
mélodique, et l'on sent au-delà de l'hommage, une personnalité
muscale forte et profonde.
Les Muffatti exécutent cette riche écriture à cinq voix
en y adjoignant une bande de hautbois, soit pour réaliser les trios,
rendre autonomes la partie du basson ou recréer la densité caractéristique
de l'orchestre lullyste. Détail instructif sur le soin apporté
à l'entreprise, les clavecins sont italiens ou français selon
l'occasion... Les Muffatti révélaient dès leurs premiers
disques (Muffat, cf. n° 530) une formation de premier plan, mais
Sophie Gent au premier violon semble aujourd'hui apporter un éclat et
un soin supérieurs à la réalisation instrumentale. Aussi
superbes dans les ripieni que dans les combinaisons instrumentales « à
découvert » (magnifiques violoncelles et basses de violon),
les Muffatti sortent de l'ombre un compositeur de premier plan avec le panache
du grand talent.
Philippe Ramin