Diapason n° 542 (Décembre 2006)

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Cette superbe anthologie de cantates pour basse rend compte de l'activité des compositeurs allemands à la fin du XVIIIe siècle, de leur sens des figurations et de leur engagement spirituel. L'organiste hambourgeois Matthias Weckmann, qu'admira tant le jeune Buxtehude, nous livre une savante aria aux affects impressionnants (les cascades de doubles-croches, les sextolets) survolés par une basse aux accents élégiaques. Le grand lamento Wie bist du denn de Johann Christoph Bach, cousin du père de Jean-Sébastien, a les mêmes vertus rhétoriques et consolatrices. [...] Peter Kooij n'a peut-être pas tous les frémissements requis, mais on ne reste pas insensible à cette accumulation d'épanchements à la limite du masochisme religieux.
Le spectaculaire De Profundis de Nicolaus Bruhns le trouve mieux à son affaire, voix mordante et élans ténébreux du cœur, porté par l'excellent ensemble réuni par Mieneke van der Velden. Les pages torturées de Geist, au climat embrumé de savants chromatismes, et du très rare Benedictus Buns possèdent les mêmes vertus installant une atmosphère constamment doloriste : il faut toute la science expressive de Kooij et le brio des instrumentistes pour éviter que la monotonie ne s'installe. Pour faire diversion dans cette ambiance oppressante, L'Armonia Sonora intercale une sonate de Biber (la première du Fidicinium sacro-profanum) et le fameux Lamento sur la mort de Ferdinand III de Schmelzer, jouées avec un réel panache.

Jean-Luc Macia