Diapason n° 568 (Avril 2009)

4 DIAPASONS

Nous avions gardé le souvenir d'un vieux 33 tours où Maxence Larrieu nous révélait un concerto pour flûte d'un illustre inconnu, Joseph Touchemoulin. Mentionné dans la plupart des dictionnaires (y compris Fétis), ce natif de Chalon-sur-Saône a de quoi intriguer : d'origine modeste, il étudia en Italie auprès de Tartini, s'installa en 1753 à Bonn où il faillit devenir maître de chapelle en 1761 avant d'être engagé comme violoniste dans l'orchestre du prince de Thurn und Taxis à Ratisbonne. La formation compte parmi les plus brillantes d'Europe et Touchemoulin compose pour elle des symphonies, des concertos, des motets et des opéras. Ses Symphonines op. 1 sont également jouées avec succès au Concert Spirituel, et publiées en 1761. Beaucoup de ses partitions étant aujourd'hui perdues, d'autres éparpillées, un sérieux travail de recherche a été nécessaire à Patrick Ayrton pour nourrir un disque gracieux.
Le concerto pour flûte vaut plus par son foisonnement thématique et sa limpidité ludique que par sa forme, mais la poésie de Kossenko nous ravit. Les deux symphonies nous renvoient au jeune Haydn : la battue confortable de Patrick Ayrton leur donne un balancement plutôt agréable, et n'exige de l'orchestre rien dont il ne soit capable. Le concerto pour clavecin appartient plus à l'univers convenu du premier classicisme, celui pour violon est en revanche une page superbe, qui fait le pont entre Tartini et Viotti (introduction imposante et joliment orchestrée, partie de violon ornée avec talent, Adagio lyrique qui dépeint tout un paysage sonore délicat avec des impressions de chants d'oiseaux). Il est enlevé avec brio par Daniel Sepec.

Jean-Luc Macia