Crescendo n° 80 (Mars-Avril 2006)
9/10
L'idée est intéressante et originale de consacrer un disque à des uvres pour clavecin de deux des frères Hassler, le plus connu étant Hans Leo. Leur père Isaak était organiste à Nuremberg et fut leur premier professeur. Hans Leo séjourna notamment un an et demi à Venise où il put bénéficier de l'enseignement du célèbre Andrea Gabrieli. Certains supposent que son frère Jacob aurait suivi les mêmes traces, rien ne permet cependant de certifier la chose de manière absolue. Parmi leurs carrières respectives, on relèvera le fait qu'ils aient évolué tous les deux dans l'entourage de la célèbre famille Fugger, commerçants, banquiers et amis des arts à Augsbourg. Cela suffit-il à expliquer que les deux frères avaient un sens peu commun des affaires? Si les uvres de Jacob témoignent de ce que l'on pourrait qualifier sans plus de bon métier, celles de Hans Leo sont bien plus intéressantes. S'il ne fut pas un innovateur, il excella par contre dans l'exploitation de ce que l'époque avait à lui offrir. Sa musique vocale, sacrée (catholique et luthérienne) et profane contribua notablement à sa renommée. Il écrivit également pour l'orgue et le clavecin et a notamment laissé les impressionnantes variations sur Ich ging einmal spatieren (J'allai une fois me promener) dans lesquels il fait, pendant une quarantaine de minutes, étalage d'une grande maîtrise de cet art qui exige à la fois une maîtrise parfaite des techniques de composition et une imagination débordante. Léon Berben est certainement un des éléments les plus en vue de la jeune génération de clavecinistes. Il a choisi un clavecin de Franciscus Patavinus (1561) conservé au Deutsches Museum de Munich, instrument au timbre bien « focalisé » dont l'esthétique est sans doute très proche de celle des instruments que les frères Hassler ont pu jouer. Il serait donc bien difficile de découvrir cette musique dans de meilleures conditions qu'ici. Berben domine magnifiquement son sujet et sa lecture des variations de Hans Leo est tout simplement superbe.
Alain Derouane