Crescendo (janvier 2010)

10/10

Les motets de Johann Sebastian Bach ne constituent pas un cycle cohérent. Ils ont en effet été composés à différentes époques de sa vie dans des circonstances bien déterminées, notamment des funérailles ou cérémonies du souvenir. Ils étaient vraisemblablement chantés par les meilleurs parmi les élèves de la Thomasschule de Leipzig. Le problème de leur accompagnement instrumental reste ouvert; Peter Kooij a opté pour le seul continuo (violone et orgue), plutôt que de choisir un accompagnement colla parte dans lequel les instruments doublent les voix ou encore une exécution a cappella ne requérant elle aucun instrument. L’ensemble Sette Voci qu’il dirige est composé de huit choristes, qui peuvent se répartir en deux choeurs de quatre dans les motets écrits pour double chœur (BWV 225, 226, 228, Anh. 159). On n’est donc pas surpris de la transparence bien perceptible dès les premières mesures de Komm, Jesu, komm, transparence doublée d’une précision d’ensemble remarquable. Inflexions, couleurs des mots, conduite des différentes voix ont fait l’objet d’un travail tellement fouillé et abouti, le tout exprimé avec une rigueur sans faille. On évitera de confondre rigueur et sécheresse, la première s’impose pour rendre les contrastes avec persuasion, dessiner les fugues avec clarté, donner aux passages syllabiques tout leur sens, sans oublier le volet rhétorique. L’excellent texte de présentation évoque le contraste entre l’humble condition de l’homme et la toute-puissance de Dieu que l’on trouve dans plusieurs motets. Le chemin que Bach propose est celui de la contemplation de la Création avec la tranquillité et le réconfort qu’offre la perspective assurée du Salut. C’est clairement dans cet esprit que Kooij et Sette Voci ont envisagé cette nouvelle production que l’on peut chaudement recommander.

Alain Derouane