Crescendo (février-mars 2008)

9/10

Encore un obscur petit maître tiré d’un oubli justifié ? Au contraire ! Il semble bien que Telemann n’exagérait pas lorsqu’il citait Johann Christoph Pez parmi les plus importants compositeurs allemands de son époque, de l’envergure de Keiser ou de Haendel. Eminent Kapellmeiseter dont la production sacrée est fort réputée, le Munichois s’avère aussi un champion des goûts réunis. Ce brillant violiste et luthiste ne se contente pas d’assimiler les styles italien (il a fait le voyage à Rome comme tant d’autres et subi l’influence de Corelli et Torelli) et français : il se les approprie, égale ses modèles tout en développant des idées personnelles. Si les six œuvres réunies pour cet enregistrement ne sont pas d’un intérêt égal, elles n’apparaissent pas non plus à la même période créatrice et surtout n’affichent pas une ambition identique : l’opus intitulé Ouverture/Pièce pour la musique de table en ré mineur ne déroge pas aux lois du genre et peut s’écouter d’une oreille distraite. En revanche, le Concerto grosso/sinfonia en sol mineur mériterait de figurer en bonne place dans le répertoire de concert des ensembles baroques : on ne sait trop qu’admirer, le lyrisme enchanteur de l’aria andante e dolce, l’habileté avec laquelle Pez transpose et orchestre Les Vendangeuses de Couperin (Rondeau allegro) ou encore la robuste chaconne lullienne et la bourrée finale, dignes d’une suite du Grand Siècle. Les Muffatti nous livrent une leçon vivante de musicologie appliquée : le recours à deux clavecins, français et italien ou l’usage d’archets copiés sur la facture de la fin du XVIIe siècle servent une réalisation admirable de légèreté, de vigueur, de souplesse et d’équilibre, où l’esprit le dispute à la pure beauté plastique (basses somptueuses, texture lumineuse des violons magnifiquement mises en valeur par une prise de son exemplaire). Un coup de maître pour le jeune ensemble belge et le label Ramée fondé voici à peine quatre ans.

Richard Schreuders