http://classicstodayfrance.com (décembre 2008)

ARTISTIQUE ET TECHNIQUE : 10/10

Admirable objet discographique. D'abord par son originalité, avec l'enregistrement de partitions retrouvées par le chef à la bibliothèque de Rostock. Travail de recherche, donc, mais aussi choix esthétiques, abondamment décrits dans la notice, notamment quant au choix de l'instrumentarium.
Tout cela serait simplement louable si le sujet de la redécouverte visait comme tant d'autres, l'auteur d'une « musique baroque d'ameublement ». Tel n'est pas le cas des oeuvres orchestrales de Johann Christoph Pez (1664-1716). Un nom de bonbon et une date de naissance de bière: le type ne peut pas être ordinaire, et ne l'est pas! Il fait partie - comme Graupner, Biber, Zelenka et Muffat - de ces compositeurs que le CD nous a véritablement dévoilés et qui ont acquis par l'enregistrement une vraie stature et identité. Derrière Bach, Vivaldi, Haendel, Purcell et Telemann, il n'y a (vraiment) pas le néant!
Je pourrais tenter de décrire le plaisir dispensé par ce disque et cadrer le sujet en disant qu'il y a chez cet Allemand un mélange de Français (surtout dans les ouvertures) et d'Italien (surtout dans les sonates). Pour schématiser à outrance, on peut aussi y voir une confluence entre un vieux Lully et un jeune Haendel.
L'excellent Peter Van Heyghen, lui-même, est plus apte à choisir les meilleurs mots. Voici donc son point de vue: « Les concerti et ouvertures de Pez laissent clairement transparaître la volonté d'un cheminement propre plutôt que l'assimilation des langages musicaux de ses illustres contemporains. Sa personnalité remarquable s'exprime surtout dans la puissance dramatique de ses ouvertures à la française, dignes d'un Keiser ou d'un jeune Händel, dans le sublime mélange qu'il opère des éléments stylistiques français et italiens et qui le hisse au moins au niveau d'un Georg Muffat, ainsi que dans son intarissable inventivité mélodique qui ne sera égalée, après sa mort, que par un géant tel que Georg Philipp Telemann. »
Comme Peter Van Heyghen et les Muffatti font très bien leur métier, avec justesse et légèreté, sans vouloir jouer aux instrumentistes d'époque aux sonorités vertes, nous ressentons tout cela. Nous ressentons surtout cette voix propre, cette inspiration splendide qui fait que « Pez est Pez » et non le décalque d'un autre.
Une perle rare? Oui. Une vraie révélation? Aussi.

Christophe Huss