| RAMÉE |
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| De profundis clamavi | ![]() |
Que l'on utilise le terme quelque peu anachronique
de « cantate » ou celui plus approprié de «
geistliches Konzert » pour désigner la musique vocale sacrée
élaborée au cours du XVIIe
siècle dans les contrées germaniques du Nord, ce qui frappe avant
tout, à l'audition de ces pages, c'est d'une part la profondeur du sentiment,
mêlé d'humilité, d'affliction et d'angoisse, et d'autre
part la véhémence de sa transposition musicale. La Guerre de Trente
ans (1618-1648) est le théâtre de sanglants affrontements commis
au nom des religions, avec leurs cortèges d'atrocités, de famines
et d'épidémies : l'effet non seulement destructeur est surtout
profondément démoralisateur. Quelle confiance garder en l'Homme,
a-t-il seulement encore l'espoir de trouver dans l'au-delà le repos pour
son âme ? Période de méditation sur la misère de
la condition humaine, sur la précarité de la vie, sur la vanité
de toute action, entre culpabilité et mortification, lucidité
et cynisme, doute et désespérance.
Le XVIIe siècle allemand n'est
qu'un jeu d'influences, coude à coude, entre des traditions solidement
ancrées et un courant musical novateur dont la position passera en quelques
décennies de marginale à dominante.
La pratique musicale religieuse consiste majoritairement en mélodies
de plain-chant, en remploi d'uvres appartenant au répertoire polyphonique
du début du siècle, voire du siècle précédent.
Le style ancien est perçu comme plus propice à la dévotion
et au recueillement. Une hostilité certaine à l'égard du
nouveau style italien, jugé communément artificiel et peu édifiant,
est exprimée plus explicitement par les Piétistes, Johann Arndt
en tête. Considérant les Écritures et leur commentaire théologique
d'emblée trop hermétiques pour le commun des mortels et de ce
fait manquant leur vocation essentielle, insistant précisément
sur la nécessité d'une meilleure guidance du fidèle dans
sa lecture de la Bible, encourageant à ce propos la réunion en
groupes de discussion et la lecture individuelle d'une littérature spécialisée,
les adeptes du piétisme préconisent la simplification des textes
et de leur mise en musique. Ils mettent en garde contre l'inadéquation,
à leurs oreilles, de la musique italienne, résumée à
des « cris d'animaux » et recommandent plutôt l'usage
de la musique polyphonique dans le registre sacré, plus à même
de susciter le recueillement et la dévotion. Ils promeuvent, dans la
suite logique de leurs idées, une forme nouvelle de « chant
spirituel », paradoxalement inspirée de l'aria strophique
italien seule concession qu'ils font d'ailleurs au stile moderno
, forme dont ils apprécient la sobriété musicale
et la simplicité mélodique, au service entier de la compréhensibilité
primordiale du texte.
Opposé aux Piétistes dans cette controverse autour du rôle
consenti à la musique dans la liturgie protestante, un courant orthodoxe
demeure quant à lui plus ouvert aux progrès de l'art musical.
L'expression globale du texte et de son Affekt leur importe bien davantage
que son audibilité mot à mot. La musique, considérée
comme un don de Dieu, constitue à ce titre la voie royale pour rendre
à ce dernier l'hommage qui lui sied. Une part de plus en plus importante
de la création musicale sacrée suivra dès lors le chemin
de la théâtralité des émotions, la voie d'une écriture
franchement élaborée, voire virtuose, renforçant notamment
le rôle dévolu aux instruments, et flattant en cela une prédilection
bien germanique pour l'écriture instrumentale.
L'ensemble
L'ARMONIA SONORA a été fondé
il y a quelques années par Mieneke van der Velden dans le but d'interpréter
des cantates avec différents chanteurs solistes. L'ensemble est entièrement
constitué de spécialistes reconnus de la musique ancienne, professeurs
dans des conservatoires internationaux. L'effectif est souvent conçu
selon les besoins d'une cantate particulière ou même seulement
d'un air et les possibilités de programmation ainsi offertes rendent
possibles des concerts très variés. De cette façon, l'ensemble
peut être formé d'un groupe de continuo uniquement, ou être
agrandi par l'addition de cordes et de vents. L'Armonia Sonora s'est produit
avec des solistes très réputés, dont la basse Peter Kooij
et le contre-ténor Derek Lee Ragin. A l'avenir, l'ensemble collaborera
encore, entre autres, avec le contre-ténor anglais Robin Blaze.
François Fernandez, Sayuri Yamagata, violons
Christine Plubeau, Ricardo Rodriguez Miranda, violes de gambe
Peter Rikkers, violone
Leo van Doeselaar, orgue
PETER KOOIJ commence
sa carrière musicale à l'âge de six ans comme petit chanteur
dans le choeur dirigé par son père. Il réalise de nombreux
enregistrements comme sopraniste, y compris pour la radio et la télévision.
Après des études de violon et de chant au conservatoire d'Utrecht,
il obtient le diplôme de soliste auprès de Max van Egmond au Sweelinck
Conservatorium d'Amsterdam. Il s'est produit dans les salles de concert les
plus prestigieuses au monde, comme le Concertgebouw d'Amsterdam, le Musikverein
de Vienne, le Carnegie Hall de New York, le Royal Albert Hall de Londres, le
Teatro Colon de Buenos Aires, les Philharmonies de Berlin et de Cologne, le
Palais Garnier de Paris ou les salles Suntory et Casals de Tokyo, avec des chefs
d'orchestre aussi réputés que Philippe Herreweghe, Ton Koopman,
Frans Brüggen, Gustav Leonhardt, René Jacobs, Sigiswald Kuijken,
Roger Norrington ou Iwan Fischer. Il a participé à l'enregistrement
de plus d'une centaine de CDs pour Philips, Harmonia Mundi, Sony,
Virgin Classics, Erato et BIS. Cette dernière maison
l'a invité à enregistrer l'intégrale des cantates de Bach
avec le Bach Collegium Japan sous la direction de Masaaki Suzuki.
Parallèlement
à son activité de concertiste, il est conseiller artistique de
l´Ensemble Vocal Européen. Il a enseigné le chant
au Sweelinck Conservatorium d'Amsterdam de 1991 à 2000, au Conservatoire
de Hannovre de 1995 à 1998. Il est professeur invité à
l'Université de Tokyo depuis 2000 et professeur au Conservatoire de La
Haye depuis 2005. Peter Kooij est régulièrement invité
à donner des masterclasses en Allemagne, au Japon, en Finlande, en France,
au Portugal, en Belgique et en Espagne.
MIENEKE VAN DER VELDEN étudie la
viole de gambe avec Wieland Kuijken au conservatoire Royal de La Haye et obtient
le diplôme de soliste en 1988. Depuis lors, elle mène une riche
carrière et donne régulièrement des récitals avec
Glen Wilson (clavecin) et Fred Jacobs (théorbe) ainsi qu'avec son ensemble
L'Armonia Sonora. Elle apparaît fréquemment comme soliste
avec des ensembles très réputés comme l'Amsterdam Baroque
Orchestra (Ton Koopman), Concerto Vocale (René Jacobs), Collegium
Vocale (Philippe Herreweghe), De Nederlandse Bachvereniging (Jos
van Veldhoven) et Cantus Cölln (Konrad Junghänel). Elle se
produit dans de nombreux festivals à travers l'Europe, dont le Dutch
Early Music Network, Het Grachtenfestival, le Bach Festival, l'Early
Music Festival d'Utrecht et le Festival des Flandres. Elle a enregistré
3 CDs pour le label hollandais Channel Classics, qui ont tous été
salués par la critique. Mieneke van der Velden est professeur de viole
de gambe au Sweelinck Conservatorium d'Amsterdam.
www.peterkooij.de
www.mienekevandervelden.com